Le beurre de karité : Nilotica, Paradoxa et leurs propriétés

Après avoir abordé la confection de la chantilly de karité dans mon dernier article, je me devais de vous causer un peu de son principal constituant : le beurre de karité.

Le beurre de karité, qu’est-ce que c’est ?

Anciennement appelé Butyrospermum parkii, (1) le karité a préféré changer de nom (et on le comprend) et adopte maintenant la dénomination plus élégante de Vitellaria paradoxa. (2)
On le trouve sous forme d’arbre atteignant jusqu’à 12 m de haut, dans des pays où il pleut 400 à 1200 mm par an. (3) Ça n’est de toute évidence pas la seule condition pour sa croissance, vu qu’on croise assez peu de karités en Bretagne alors qu’on y reçoit 785 mm d’eau sur la tête tous les ans particulièrement quand je sors faire une balade.
Non, le Butyrospermum parkii, qui aime les températures clémentes situées entre 22 et 30 °C, (2) se rencontre surtout en Afrique, plus particulièrement entre l’Éthiopie et le Sénégal en passant par la « Cote De voire », dit l’article (3), dont on pourrait du coup peut-être douter de la pertinence si ça n’était confirmé ailleurs. (2)
On tire le beurre de karité des graines de l’arbre du même nom, après séchage. (2,4)

beurre de karité

Le beurre de karité se présente sous la forme d’une substance blanche, solide à température ambiante et assez grasse au toucher.

Le karité se divise en deux sous-espèces : le Vitellaria paradoxa sous-espèce Paradoxa et Vitellaria paradoxa sous-espèce Nilotica.
Les deux sous-espèces se distinguent par leur habitat (à l’ouest pour la Paradoxa, à l’est pour la Nilotica) et par leur composition. (2,5)

Le beurre de karité Nilotica contient beaucoup plus d’acides gras insaturés que son homologue Paradoxa – il contient en fait plus d’acide oléique, insaturé, et moins d’acide stéarique, son équivalent saturé. (2,5)
Ça vous rappelle de vagues histoires de maladies cardio-vasculaires et de graisses bonnes ou mauvaises pour la santé, mais vous n’avez pas l’intention de boulotter votre karité ?
Cette information est quand-même importante. L’acide oléique fondant entre 16,3 °C (6) et son poto le stéarique à 69,3 °C, (7) le beurre de karité Nilotica sera plus facile à travailler à température ambiante qu’un beurre de karité Paradoxa.
Il est donc idéal pour réaliser des baumes ou autres crèmes fouettées au karité, et s’applique mieux que le beurre de karité classique.

Les propriétés du beurre de karité

Le karité, quelque soit sa sous-espèce, est connu de l’industrie cosmétique pour ses propriétés émollientes sur la peau et les cheveux. (1,8-9) Il contient jusqu’à 20 % de lupéol, une molécule utile pour maintenir la texture et l’intégrité de l’épiderme (8), mais aussi de la vitamine C (10), des vitamines A, D et F (4) de la vitamine E (ou tocophérol) et des composés phénoliques. (11)
Bref, c’est plein de bonnes choses pour l’épiderme et la fibre capillaire. (4)

Le Nilotica contient par contre moins de tocophérol, ou vitamine E, que le Paradoxa. Il aura donc des propriétés antioxydantes et anti-âge moindres, et on pourra le conserver moins longtemps. (12)

beurre de karité nilotica

Le beurre de karité Nilotica est plus malléable à température ambiante que son homologue classique. Il contient par contre moins d’antioxydants et est plus comédogène.

J’ai lu quelque part que le beurre de karité était une bonne protection solaire ?

Pas d’enthousiasme, on trouve finalement peu de littérature sur le sujet.
Il est vrai que certains composés phénoliques, ainsi que le tocophérol ou la vitamine C, ont des propriétés antioxydantes. (10-11)
Il est aussi vrai que les dégâts causés par les UVA dans les cellules de la peau sont principalement des dommages dus à des processus oxydatifs, qui vont générer des radicaux libres, et que les UVB diminuent la teneur naturelle en antioxydants de la peau, la laissant incapable de se défendre contre les radicaux libres générés par les UVA. (13)
Les composés phénoliques sus-cités, la vitamine C et la vitamine E peuvent donc réduire les dommages dus à l’exposition aux UV. M’enfin, boire du thé ou s’en vaporiser allègrement sur la peau à l’air de faire aussi bien l’affaire (13), et finalement personne ne sortirait en plein soleil en se sentant protégé après sa tasse de thé matinale.

J’ai la peau mixte, puis-je m’enduire de karité ?

Eh bien, il vaut mieux éviter de le faire trop souvent. En effet, le beurre de karité contient de grandes quantités d’acide oléique, particulièrement celui de la sous-espèce Nilotica, comme on l’a vu plus haut.
Or, pas de moule, contrairement à son homologue saturé l’acide stéarique (14), l’acide oléique est plutôt du genre très comédogène. (15-16)
On réserve dans ce cas l’emploi du karité au corps et aux cheveux, même si j’avoue que de temps en temps après un gommage, je me laisse bien tenter par l’application de chantilly de karité sur mon visage. Il est à noter que dans la mienne, le beurre de karité est pas mal dilué avec d’autres ingrédients.

En résumé

Le beurre de karité contient plein de chouettes trucs pour la peau. En plus d’être émollient, il est bourré d’antioxydants, ce qui en fait un allié de choix pour les peaux sèches ou matures.
Si le beurre de karité classique n’est pas toujours très simple à appliquer, la variante Nilotica est beaucoup plus malléable à température ambiante du fait de sa teneur en acide oléique. Attention pour les peaux mixtes cependant, le beurre de karité Nilotica est généralement comédogène et il contient également moins d’antioxydants.
Enfin, on voit souvent fleurir dans les arguments marketing des déballes sur les propriétés anti-UV du beurre de karité. Si la chose est potentiellement partiellement vraie, se tartiner de beurre de karité en tant que protection solaire n’est pas du tout conseillé.

Et attendu que j’ai enfin reçu mon papier pH (qui vient de Chine tout seul avec ses petites papattes, au vu du temps que ça lui a pris pour arriver), je pense vous faire un petit topo sur le sujet dès le prochain article !

BIBLIOGRAPHIE
1. Preliminary studies on nasal decongestant activity from the seed of the shea butter tree, Butyrospermum parkii. A. Tella. 5, 1979, Br. J. Clin. Pharmacol. , Vol. 7, pp. 495-497.
2. Near infrared spectroscopy for high-throughput characterization of shea tree (Vitellaria paradoxa) nut fat profiles. F. Davrieux, F. Allal, G. Piombo, B. Kelly, J.B. Okulo, M. Thiam, O.B. Diallo, J.-M. Bouvet. 13, 2010, J. Agric. Food Chem., Vol. 58, pp. 7811–7819.
3. Cosmetic potentials of African shea nut (Vitellaria paradoxa) butter. Warra, A.A. 2, 2011, Curr. Res. Chem., Vol. 3, pp. 80-86.
4. Leakey, R.R.B. Potential for novel food products from agroforestry trees: a review. Food Chem. 1999, Vol. 66, pp. 1-14.
5. Regional Variation in Shea Butter Lipid and Triterpene Composition in Four African Countries. D. Di Vincenzo, S. Maranz, A. Serraiocco, R. Vito, Z. Wiesman, G. Bianchi. 19, 2005, J. Agric. Food Chem., Vol. 53, pp. 7473–7479.
6. PubChem Compound. Stearic acid. CID 5281.
7. PubChem Compound. Oleic acid. CID 445639.
8. Beneficial health effects of lupeol triterpene: A review of preclinical studies. H.R. Siddique, M. Saleem. 2011, Life Sciences , Vol. 88, pp. 285–293.
9. A Double-Blind, Vehicle-Controlled Clinical Study to Evaluate the Efficacy of MAS065D (XClair™), a Hyaluronic Acid-Based Formulation, in the Management of Radiation-Induced Dermatitis. G. Primavera, M. Carrera, E. Berardesca, P. Pinnaró, M. Messina and G. Arcangeli. 3, 2006, Cut. Ocul. Toxicol., Vol. 25, pp. 165-171.
10. Proximate and mineral composition of shea (vitellaria Paradoxa c.f. Gaertn) fruit pulp in Uganda. J.B.L. Okullo, F. Omujal, J.G. Agea, P.C. Vuzi, A. Namutebi, J.B.A. Okello, S.A. Nyanzi. 11, 2010, Afr. J. Food Agri. Nut. Dev., Vol. 10, pp. 4430-4443.
11. Development and characterization of biodiesel from shea nut butter. C.C. Enweremadu, O.J. Alamu. 2010, Int. Agrophysics, Vol. 24, pp. 29-34.
12. Influence of Climate on the Tocopherol Content of Shea Butter. S. Maranz, Z. Wiesman. 10, 2004, J. Agric. Food Chem., Vol. 52, pp. 2934–2937.
13. Svobodová A., Psotová J., Walterová D. Natural phenolics in the prevention of UV-induced skin damage. A review. Biomed. Pap. 2003, Vol. 147, 2, pp. 137–145.
14. Y. Katsuta, T. Iida, S. Inomata, M. Denda. Unsaturated Fatty Acids Induce Calcium Influx into Keratinocytes and Cause Abnormal Differentiation of Epidermis. J. Invest. Dermatol. 2005, Vol. 124, pp. 1008–1013.
15. K., Motoyoshi. Enhanced comedo formation in rabbit ear skin by squalene and oleic acid peroxides. Brit. J. Dermatol. 1983, Vol. 109, pp. 191-198.
16. P., Kanaar. Follicular-Keratogenic Properties of Fatty Acids in the External Ear Canal of the Rabbit. Dermatologica. 1971, Vol. 142, 1, pp. 14-22.

11 Comments

  1. Horreur et damnation !!!!

    Mais, mais, mais ! L’HV de noisette dont on nous rabat les oreilles à tout bout de champs, à nous, les peaux grasses, les boutonneuses, les acnéiques, sur AZ, ils disent qu’elle contient 76,5 % d’acide oléique pour leur lot le moins dosé en vente à ce jour 🙁
    Non comédogène qu’ils disent.
    Clarins en fait même son ingrédient de base pour ma beloved Huile Lotus pour peaux mixtes et grasses.
    Complot international contre ma petite peau innocente ?

    Dis moi qu’une subtilité chimico-scientifique m’a échappé…. pleeeaaaaase……..

    • Je t’avoue que la comédogénicité ne laisse pas de m’étonner. Entre la théorie et la pratique, il y a des pas, ou même des fossés parfois… Le karité est assez comédogène sur moi, la noisette pas du tout, l’avocat qui est censé ne pas l’être, un peu, le jojoba, un peu, la glycérine qui normalement ne l’est pas du tout, beaucoup, etc.

      Les tests de comédogénicité que je cite sont fait sur des oreilles de panpans, qui sont censés représenter de façon idoine la peau de notre doux visage. M’enfin bon, il y a une marge entre l’oreille de ces mignons rongeurs et ma joue, à mon avis.

      Quand à l’huile de Lotus, elle est chouette, mais ma préférée reste l’Orchidée bleue, avec son odeur à tomber <3

  2. Du coup, pour choisir ses soins, c’est un peu la méthode « plouf plouf » qui marche le mieux… (je me disais aussi mais pourtant elle me réussit plutôt, l’huile de noisette…. ouf !!!).

    La Lotus de clarins, la 1ère fois que je l’ai mise, mon mari m’a demandé pourquoi je sentais la « mémé camphrée » 😀

    M’en fous, je l’adore (mon mari aussi, hein… 😉 )

    J’essaierai aussi l’Orchidée bleue un jour, c’est vrai qu’elle sent bon.

    • Essai / erreur, oui, pour l’instant il n’y a que ça qui marche…

      Hahaha ! Elle sent pas du tout la mémé la Lotus, tssss ! Ou peut-être pour le côté géranium ?

  3. Yep! Pitite question : est ce que tu sais si le beurre de cacao est censé être comédogène ?

  4. Je suis assez surprise d’apprendre que le beurre de karité n’est pas bon pour les peaux mixtes…. De très nombreux spécialistes disent que le beurre de karité est au contraire bon pour les peaux mixtes ( un peu comme le beurre de noix de coco d’ailleurs).
    Je m’en mets sur les joues depuis un moment et aucun boutons ( par contre, pas sur le menton et le front) donc peut-être que cela dépend des peaux ( après la peau de mes joues est déshydratée et ça lui permet de l’être moins…).

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