Le coco-silicone, nouveau graal pour les cheveux ?

Après quelques mois à traiter mes cheveux avec des produits naturels uniquement, j’en arrive à la même conclusion que pas mal des mes amies : il manque un truc.
Alors OK, je ne me tartine pas la fibre capillaire de yaourt, de miel ou de banane, d’abord parce que je ne suis pas fan des textures, et ensuite parce que j’ai la flemme.
Je fais partie des minettes qui pensent que la beauté c’est bien, mais que ça devrait être dispensé en petits flacons près à l’emploi. J’utilise donc depuis quelques mois une huile sur cheveux mouillées en guise d’après-shampooing, et un spray démêlant à base d’eau minérale ou d’hydrolat (suivant ce que j’ai sous le coude), additionné d’huile pour le côté émollient et d’aloe vera pour la partie humectant.
J’ai le cheveux plutôt démêlé et en forme, mais par contre, au fil des mois, la brillance s’est fait la malle et on sent que la matière ne demande qu’à s’abimer.

Le réflexe dans ce cas là, c’est de repasser à un après-shampooing contenant moult silicones ou autres quats, qui va gainer le cheveu et lui rendre brillance et glissant.
Or, on l’a déjà dit, je ne suis pas une grande fan des silicones. En plus de leur efficacité à long terme contestable, on peut également s’inquiéter de leur présence dans les eaux usées, mais aussi dans les poissons alors que les pauvres bêtes ne sont certainement pas équipées pour la digestion des siloxanes. (1,2) Bien sûr, le volume de silicones en balade dans la nature ne provient pas uniquement des shampooings, mais enfin, un peu quand-même. (1)

Super, me direz-vous, mais alors, je mets quoi sur ma tignasse pour lui rendre le brillant d’antan ?

Le coco-caprylate, ou coco-silicone

Entre lui et moi, ça a été un peu le coup de foudre – enfin, surtout de mon côté parce que je ne suis pas sûre que ma bouteille de coco-caprylate me rende tout l’amour que je lui porte.
On le trouve sur Aroma-Zone par exemple, sous le nom bien explicite de coco-silicone, histoire que la ménagère de moins de 50 ans comprenne directement que c’est bien ça qu’il lui faut pour dompter sa crinière en déroute. Son vrai nom, c’est coco-caprylate. C’est un liquide huileux, de faible viscosité, vendu dans un packaging pas du tout adapté dans le cas d’Aroma-zone vu que j’ai réussi à m’en coller dans l’œil en fermant le flacon à clapet.

coco-silicone flacon

On ne comprend pas bien à quoi pensait Aroma-Zone en munissant sa bouteille de coco-caprylate d’un bouchon à clapet. Pas très étanche, il a de plus la fâcheuse manie de projeter des gouttes de coco-silicone à 2 mètres alentour sitôt qu’on le referme. L’utilisateur non-averti (votre servitrice, par exemple) risque donc de s’en prendre dans les mirettes, et promis, c’est vraiment pas fait pour ça.

Une goutte sur les mains et on comprend tout de suite la comparaison aux silicones. Ça glisse, c’est vaguement grassouille mais pas trop, et ça s’étale merveilleusement bien.
Mélangé à une huile végétale (type avocat) et étalé sur les longueurs et pointes, et on retrouve l’effet d’un sérum lissant conventionnel : ça brille, ça démêle, ça lisse les pointes fourchues, bref, un vrai bonheur.

OK, mais qu’est ce que c’est au final ?

Aroma-zone nous dit « Le Coco silicone est un ester d’origine naturelle, dérivé d’alcools gras de l’huile de coco. – Source : documentations fournisseurs. »
C’est un peu mince. Penchons nous un peu plus sur le sujet.
L’huile de coco contient une petite proportion d’acide caprylique, un acide gras qui possède 8 carbones dans sa chaîne, d’où son appellation normalisée d’acide octanoïque. (3,4) On obtient notre coco-caprylate en faisant réagir cet acide gras avec pléthore d’alcools tout aussi gras, et on peut donc sans ambages affirmer que le coco-caprylate n’est pas un ester, mais d’un mélange d’esters, au demeurant on ne peut plus gras. (3)

Eeeer…mais du coup, c’est vraiment naturel ce truc ?

Si l’huile de coco obtenue par pressage à froid est naturelle, diverses réactions chimiques vont être nécessaires pour obtenir le fameux coco-silicone.
Tout d’abord il va falloir « trier » dans l’huile de coco les molécules qui nous intéressent. Or, l’huile de coco contient divers insaponifiables, acides gras et autres triglycérides plus ou moins liés ensemble, en un mot : un joyeux bordel. Sa division se fait dans l’eau à 150 °C, parfois en présence d’oxydes métalliques pour accélérer le processus. (3)
Suite à cette hydrolyse, on va récupérer des acides gras d’un côté et plein d’autres composés de l’autre, qui ne nous intéressent pas particulièrement, et dont on ne parlera donc pas. (3)
(Vous l’aurez peut-être remarqué à ce stade, je cite beaucoup la même source. C’est parce que monsieur Gervajio a écrit un chapitre entier dans un bouquin sur le gras, chapitre intitulé « Les acides gras et leurs dérivés issus de l’huile de coco » et que ma foi, c’est 1) très bien documenté, 2) un peu la seule source sérieuse que l’on trouve sur le sujet).

Les acides gras obtenus vont être distillés et « triés » en fonction de la longueur de leur chaîne carbonée. On distille sous vide pour limiter la température de chauffe et le temps de distillation, afin de ne pas trop dénaturer l’huile.
Les alcools gras ne sont pas naturellement présents dans l’huile de coco, mais ils peuvent être formés en hydrogénant certains de ses composants.
On va finalement faire réagir entre eux les alcools gras et l’acide caprylique pour obtenir notre coco-caprylate. (3)

coco-silicone coco-caprylate aroma-zone

Le coco-silicone, ou coco-caprylate, n’a de naturel que ses origines. Issu de la transformation de l’huile de coco, c’est néanmoins un excellent émollient dont la synthèse n’est pas spécialement polluante.

Et le coco-caprylate, après toutes ces réactions, ça sert encore à quelque chose ?

Vous trouverez nombre de blogs qui pensent que les huiles estérifiées, c’est Satan qui nage dans le gras, coco-caprylate inclus.
Dans le cas du coco-caprylate, on peut déjà affirmer que la méthode de synthèse n’est pas particulièrement polluante, ce qui n’est déjà pas si mal. Il est par contre un peu abusif quoique certainement légalement correct d’affirmer, comme le fait Aroma-Zone, que l’origine du coco-caprylate est 100 % végétale : on a au moins rajouté de l’eau pour la séparation des composants au départ et très probablement quelques catalyseurs métalliques ou acides à droite ou à gauche.
De toute évidence également, le coco-caprylate n’aura pas les mêmes propriétés que l’huile de coco, vu qu’il a été isolé du reste des composants de l’huile. Adieu donc vitamines, triglycérides et autres acides gras.
Par contre le coco-caprylate reste un excellent émollient. (5) Commercialisé par BASF sous le nom de Cetiol® LC, il a une vitesse d’étalement de 800 mm² / 10 min, (6) à peu près équivalente à celle d’un dérivé de la pétrochimie comme le diethylhexylcyclohexane. (7)  Il se diffuse donc bien sur la peau et s’étale parfaitement sur le cheveu.
Sa température de trouble, température à laquelle il commence à se solidifier, est aux alentours de 10 °C, (6) soit bien en dessous des 27 °C de l’huile de coco, ce qui le rend plus pratique d’utilisation. (8)
Au vu des connaissances actuelles, le coco-caprylate est considéré comme sans danger pour la santé et ne fait aujourd’hui l’objet d’aucune controverse. (9)

Mais coco-silicone et silicone, c’est pareil ?

Pas du tout. Produits de départ, chimie, structure, tout les différencie. Le squelette de l’un est basé sur le silicium alors que l’autre se construit avec du carbone, bref, il n’y a aucune raison pour appeler le coco-caprylate « coco-silicone », sauf peut-être de noires raisons marketing.

Comment on l’utilise ?

On l’ajoute dans une préparation huileuse ou une émulsion, à hauteur de 3 à 20 % selon la fiche de la marque.
Personnellement, je l’ai utilisé mélangé à diverses huile végétales – avocat pour le côté riche, chanvre parce que c’est supposément bon pour la tignasse, sésame pour alléger un peu le tout. Quelques gouttes de tocophérol évitent le rancissement (on en reparlera en détail) et j’ai rajouté également quelques gouttes d’huile essentielle de bois de rose, rapport que c’est censément bon pour le veuch.

coco-silicone huile avocat cheveux

Le coco-caprylate s’ajoute à hauteur de 20 % maximum d’une composition huileuse. Attention cependant, en fonction des ingrédients et des proportions du mélange huileux, il est possible que celui-ci déphase en étant au repos. On agite donc consciencieusement son sérum capillaire home-made avant l’application, sous peine de résultats peu probants.
Ici, de haut en bas, un mélange huile d’avocat, huile de sésame, huile de chanvre et coco-silicone.

On l’évoquait rapidement tout à l’heure, oui, ça marche sacrément bien.
Comme le silicone auquel il emprunte le nom, il lisse vraiment la fibre capillaire. Après application, le cheveu est brillant, gainé et tout souple. J’ai même gloussé en touchant mes cheveux, chose que je me refuse normalement à faire.
Par contre, les effets s’estompent après 2 jours sans application, contrairement à son comparse issue de la chimie du silicium.
Voyons les choses de façon positive, ça veut certainement dire qu’il ne s’attache pas plus que ça à votre cheveu et qu’il s’élimine très probablement au lavage.
Voyons également les choses de façon réaliste, ça veut aussi certainement dire qu’en terme de soin, ça vaut pas un cachou et qu’on retrouve l’effet « cache-misère » d’un silicone classique.
Malgré tout, on peut supposer que son effet gainant protège le cheveu des agressions extérieures, et puisqu’on l’associe à 80 % d’autre chose, on peut tout de même se concocter un soin qui en contient avec néanmoins des tas d’autres trucs sympas dedans. Surtout qu’à environ 5 € les 100 mL, on ne perd pas grand chose à l’essayer.

Bref, faites bien comme vous voulez, mais en attendant d’avoir trouvé mieux, je pense que je vais garder le coco-caprylate dans ma salle de bain…

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Note technique
† : la vitesse d’étalement est mesurée en plaçant une goutte de 5 µL d’huile sur l’avant-bras d’un volontaire. Au bout de 5 min ou 10 min, dépendant du protocole, un papier absorbant est appliqué sur le bras du volontaire et la superficie de la tache est mesurée. (10)
Quoique qu’exprimée dans les mêmes unités que la viscosité, la vitesse d’étalement ne doit pas être confondue avec cette dernière.

BIBLIOGRAPHIE
1. R. Dewil, L. Appels, J. Baeyens. Energy use of biogas hampered by the presence of siloxanes. Energy Conv. Manag. 2006, Vol. 47, pp. 1711-1722.
2. N. Watanabe, T. Nakamura, E. Watanabe, E. Sato, Y. Ose. Distribution of organosiloxanes (silicones) in water, sediments and fish from the Nagara River watershed, Japan. Sci. Tot. Env. 1984, Vol. 35, 1, pp. 91-97.
3. Gervajio, G.C. Fatty Acids and Derivatives from Coconut Oil. Bailey’s Industrial Oil and Fat Products. 2005, Vol. 6, 1.
4. National Center for Biotechnology Information. PubChem Compound Database. CID 379.
5. J. Lipizenčić, Z. Paštar, S. Marinović-Kulišić. Moisturizers. Acta Dermatovenerol. Croat. 2006, Vol. 14, 2, pp. 104-108.
6. BASF. Product Datasheet. Cetiol® LC .
7. CareChemicals. Product Datasheet. CETIOL® S .
8. R.D. Abigor, P.O. Uadia, T.A. Foglia, M.J. Haas, K.C. Jones, E. Okpefa, J.U. Obibuzor, M.E. Bafor. Lipase-catalysed production of biodiesel fuel from some Nigerian lauric oils. Biochem. Soc. Trans. 2000, Vol. 28, pp. 979-981.
9. W.F. Bergfeld, D.V. Belsito, R.A. Hill, C.D. Klaassen, D.C. Liebler, J.G. Marks, R.C. Shank, T.J. Slaga, P.W. Snyder. Amended Safety Assessment of Alkyl Esters as Used in Cosmetics. Washington DC : s.n., 2013.
10. K. Kusakari, M. Yoshida, F. Matsuzaki, T. Yanaki, H. Fujkui, M. Date. Evaluation of post-application rheological changes in cosmetics using a novel measuring device: Relationship to sensory evaluation. J. Cosm. Sci. 2003, Vol. 54, 4, pp. 321-334.

13 Comments

  1. Merci beaucoup pour cet article, je me posais beaucoup de questions sur le coco-caprylate. Et maintenant c’est sur, à ma prochaine commande Aromazone, j’en prends ! (au passage, j’adore la pointe d’humour que tu ajoutes)

    • Oui, c’est vraiment chouette comme substance ! Après un gros mois 1/2 d’utilisation du sérum huileux juste après le shampooing + une fois après 2 jours avec de l’aloe vera en dessous, mes pointes reprennent un aspect correct. Et niveau peignabilité, c’est vraiment incomparable.
      Et contente que tu aimes !!

  2. C’est super alors, j’ai hâte de tester. D’autant plus que j’ai besoin d’un produit comme celui là, ayant les pointes très cassantes, je pense qu’il peut aider à ralentir la casse.

    • Oui, sans réparer réellement, le coco-caprylate gaine, donc limite la casse au brossage. Et puis, d’un point de vue toucher, c’est quand-même agréable…

  3. Est-ce que tu aurais une recette pas trop compliquée ? Il vaut mieux l’utiliser avant le shampoing (en masque à rincer) ? OU après ?
    Merci beaucoup, et pour cet article et pour les conseils.
    Excellente soirée de fin d’année!

    • C’est plutôt à utiliser après le shampooing qu’avant. Comme les silicones, ça ne nourrit pas, c’est surtout un effet cosmétique. Bien entendu, l’effet lubrifiant et gainant est un gros plus pour un démêlage sans casse, donc en leave-in ou en démêlant, c’est parfait.
      Personnellement je l’utilise dans un mélange d’huiles (avocat, sésame, chanvre, coco etc), ou mélange huiles + aloe vera, sur les pointes, de préférence le soir avant de dormir pour un démêlage simple le matin sans effet huileux.
      Et bonne journée de début d’année 😉

  4. Dans la série je m’appelle Silicone mais c’est pour de faux, il y a le silicone végétal aussi…j’adore !

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